42 ans après la mort du ministre Robert Boulin, l'Etat assigné pour "faute lourde"

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Une reconstitution de la découverte du corps du ministre Robert Boulin près lac de "l'Etang Rompu" à
Crédit: Martin BUREAU / AFP

18 juin 2021 à 12h08 par Iris Mazzacurati

Face au "manque d'avancées" dans l'enquête sur le décès de son père, la fille de Robert Boulin, ministre retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet en 1979, a assigné l'Etat pour "faute lourde" devant le tribunal judiciaire de Paris.

"Je ne désespère pas de la justice car je suis résolument démocrate, mais cela fait 42 ans que j'attends que la justice se fasse, je suis très patiente, mais cela abîme notre démocratie de ne pas tout faire pour connaître la vérité sur la mort de mon père", a déclaré Fabienne Boulin-Burgeat à l'AFP.

Elle accuse les deux magistrats instructeurs de Versailles de ne "pas travailler" et déplore le "manque d'avancées" dans l'enquête.

Pour cela, elle demande 100 000 euros à l'Etat en réparation du préjudice, confirmant une information du journal Le Monde.

Un assassinat politique ?

Le corps de Robert Boulin avait été retrouvé le 30 octobre 1979 au matin, dans 50 cm d'eau dans l'étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines (Yvelines). Officiellement, le ministre du Travail de Valéry Giscard d'Estaing, 59 ans, se serait suicidé après avoir absorbé des barbituriques.

Résistant devenu avocat, Robert Boulin avait entamé une carrière politique en 1958 en devenant député gaulliste de Gironde puis maire de Libourne un an plus tard avant d'occuper de nombreux portefeuilles ministériels. Sa popularité avait alors nourri des rumeurs qui le désignaient comme "premier ministrable" de Valéry Giscard d'Estaing.

La veille de sa mort, en quittant le ministère de Travail, il avait déposé des dossiers confidentiels dans son appartement de Neuilly-sur-Seine puis était parti pour une destination inconnue.

L'affaire avait initialement été classée comme un suicide avant qu'une enquête ne soit ouverte à la suite d'une plainte de la famille en 1983. Cette dernière s'est conclue par un non-lieu en 1991.

En 2015, la justice a décidé de rouvrir le dossier pour "enlèvement" et "assassinat", à la suite d'une plainte de Mme Boulin-Burgeat, convaincue qu'il s'agissait d'un assassinat politique et que le ministre a été tué parce qu'il détenait des informations sur un financement occulte de sa famille politique (RPR).

"dépérissement des preuves"

Plus de cinq ans après le début de l'instruction, "plus de vingt-cinq témoins attendent toujours d'être entendus, si tant est qu'ils en soient capables ou, pire, que certains ne soient pas décédés entre temps", regrettent dans un communiqué transmis à l'AFP, Fabienne Boulin-Burgeat et son avocate Me Marie Dosé, précisant que "quatre témoins sont morts".

Déplorant le "dépérissement des preuves", elles insistent : "Cette série de déficiences dans la recherche des causes de la mort de Robert Boulin traduit l'inaptitude du service public de la justice à remplir la mission dont il est investi et caractérise une faute lourde de l'État".

Par ailleurs, elles assurent qu'aucune reconstitution judiciaire ni aucun déplacement sur les lieux n'ont été programmés et qu'aucun acte d'instruction n'a été "fixé" depuis des mois.

La dernière "avancée" dans cette affaire remonte à novembre : un nouveau collège d'experts mandaté pour déterminer les causes de la mort de Robert Boulin a jugé les constations initiales insuffisantes pour conclure "de manière formelle" à une mort par noyade.

Un an avant, à l'automne 2019, jugeant déjà trop lentes les investigations, la famille avait décidé d'organiser une "reconstitution citoyenne", là même où a été retrouvé le 30 octobre 1979, le corps du ministre du Travail.



(Avec AFP)