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«  Que vont devenir nos animaux ? » : un dresseur d’animaux sauvages en colère

08 octobre 2020 à 06h00 Par Lucie Claussin
Crédit photo : Ours-and-co.com / Frederic Chesneau ©

Quelques jours après l'annonce du gouvernement de vouloir mettre fin aux cirques avec animaux, à l'élevage des visons d'Amérique, aux delphinariums ou encore aux "montreurs d'ours", les réactions des professionnels du milieu ont été nombreuses.

Frederic Chesneau, un dresseur animalier du Loiret est en colère. Ce dresseur d’animaux sauvages basé à Bougy-lez-Neuville, accueille plus de 150 animaux dans son refuge et voit sa profession mise à mal. En effet, le gouvernement a annoncé la semaine dernière son souhait de mettre fin progressivement aux animaux sauvages dans les cirques itinérants afin de débuter « une nouvelle ère ».

 Lors de cette annonce, Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique a aussi ciblé « les montreurs d’ours », « les dresseurs de loups », les delphinariums français ou encore les élevages de visons à fourrure. Elle a assuré que le gouvernement allait accompagner les professionnels concernés dans ce "changement majeur" et allait déployer "des mécanismes de formation continue et de reconversion professionnelle pour les aider à se diriger vers d’autres métiers s’ils le souhaitent".

La ministre a précisé que cette transformation s’étalera sur plusieurs années, et sera pensée avec tous les acteurs de ce milieu. 8 millions d’euros seront alloués à cette transition. La ministre a par ailleurs tenu à préciser que les professionnels du secteur pourront continuer à s’occuper de leurs animaux dans d’autres circonstances.

Nous avons pu échanger avec Frederic Chesneau, en colère et inquiet quant à l’avenir de ces animaux et des professionnels du secteur :

  - Suite aux annonces de la ministre de la Transition écologique, quel est votre ressenti, est-ce que vous craignez pour votre profession ? :

« Je crains pour ma profession, mais aussi pour la totalité de la société. Aujourd’hui on ne peut plus aller au restaurant à l’heure qu’on veut, on n’a plus le droit de manger ce qu’on veut, de planter ce qu’on veut et maintenant on veut régir nos loisirs ? Là, sous couvert du Covid ; on nous interdit plein de choses, c’est une interdiction supplémentaire »

 - Est ce que vous attendiez à cette annonce, ou espériez-vous que la volonté des personnes appréciant les spectacles avec animaux allait être plus forte ?

«  Si les gens n’ont plus envie qu’il y ait des animaux dans les cirques, qu’ils n’y aillent plus. Mais aujourd’hui, il y a encore un public énorme pour les Marineland ou pour les cirques avec animaux. La volonté du gouvernement ne représente pas la volonté de la majorité des gens. Et quand bien même, la minorité a le droit de continuer d’aller assister à des spectacles. La liberté est un des principes mêmes de notre république, et il est scandaleux d’interdire un loisir à des gens qui ont envie de pouvoir le pratiquer. Sur le principe même, je trouve scandaleux qu’on puisse interdire des loisirs à des gens et qu’on puisse interdire à d’autres personnes de travailler. Dans la déclaration universelle des droits de l’homme, tout être humain a droit au travail. Nous avons une ministre qu’on parachute d’on ne sait où, qui décide que les gens qui ont toujours exercé cette profession depuis x générations, un matin se lèvent et n’ont plus le droit de travailler ? La profession va réagir, il risque de se passer des choses de toutes façons ! »

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  - Le gouvernement a assuré qu’il allait accompagner les professionnels vers une transition, pensez-vous que cette reconversion est possible ?

 « Évidemment que non. La ministre oublie qu’il y a plus de 800 fauves aujourd’hui dans les cirques qui vont se retrouver sur le carreau, car il n’y a pas de structure aujourd’hui pour héberger 800 fauves. Pour ma part, j’ai déjà trouvé une profession, comme il ne faut pas de compétence particulière et qu’il n’y a pas besoin d’être bien malin, j’envisage d’être ministre de l’environnement plus tard. »

 - Un bras de fer risque d’avoir lieu entre les professionnels du milieu et le gouvernement ?

 «  Que vont devenir ces gens ? Vous pouvez leur proposer n’importe quel boulot, les professionnels du milieu, pour beaucoup n’ont pas reçu d’autre formation. L’accompagnement pour la reconversion doit avoir lieu sur au moins 20 ans, parce que tous ces animaux ne disparaitront pas d’un claquement de doigts. La ministre d’ici là aura le temps d’avoir changé de métier, le président aura lui aussi changé... alors que les professionnels du milieu auront encore leurs animaux sur les bras »

 - En tant que dresseur d’ours, vous ne vous sentez pas concerné par la mesure visant à mettre fin aux « montreurs d’ours » ?

« Les montreurs d’ours n’existent plus depuis le XIXème siècle ! C’est une invention de certaines associations pour essayer de ridiculiser une profession qui est tout à fait encadrée et légale. Moi je suis dresseur animalier, j’ai 150 animaux et le seul animal qui pose problème c’est l’ours. J’ai des fauves, j’ai des singes, des oiseaux… et il n’y a que l’ours qui pose problème. Je ne sais d’ailleurs pas à qui il pose problème, en tous cas pas à la majorité du public. Je suis le dernier professionnel à travailler avec des ours en France, donc oui, le gouvernement est en train de proposer une loi juste contre moi, contre une seule personne et je n’ai jamais été consulté, je n’ai rencontré personne au ministère. »

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 - Aujourd’hui en parallèle de votre activité de dresseur, vous accueillez des animaux dans votre refuge, donc vous ne travaillez pas uniquement pour le loisir et le spectacle ? 

« Ce n’est pas du loisir du tout ! J’ai un refuge et je fais vivre ce refuge grâce aux animations avec l’ours notamment, et avec certains autres animaux. Je n’ai aucune subvention, je ne demande rien à personne et c’est par le travail des animaux qu’on arrive à faire vivre le refuge. Je n’ai vraiment rien à voir avec ce que décrit la loi d’un cirque itinérant. Nous avons 9 hectares, avec des enclos plus grands qu’à Beauval et compagnie, donc je ne vois pas ce que j’ai à voir avec ce que décrit le gouvernement de cirques itinérants et d’animaux enfermés. Je n’ai rien à voir avec ça.  »

Si le gouvernement vous propose une aide financière pour faire vivre votre refuge, êtes-vous prêt à l’accepter pour mettre fin aux représentations de vos animaux ?

« Moi j’accepte d’arrêter, mais je n’accepte pas que ce soit interdit. Pour moi, l’interdiction est illégale. C’est anormal. Maintenant, si on me dit, on vous paie la nourriture des animaux et un salaire pour vous en occuper, moi je reste à la maison et tout va bien ! Je suis à quelques années de la retraite, ça ne m’intéresse plus de courir partout pour présenter mes animaux. Si mes animaux peuvent rester heureux à la maison, bien nourris et que moi j’ai de quoi vivre, je ne m’accroche pas à ma profession. Mais d’un point de vue idéologique, je ne suis pas d’accord ».

 - Comprenez-vous l’opposition de certains militants à ce que des animaux sauvages soient enfermés ?

« C’est de l’ignorance ! Les lions n’ont jamais été mis en cage. Ils sont nés depuis x générations comme ça. Il est interdit de faire travailler un animal sauvage en France. Ce sont des animaux nés en captivité, de parents eux-mêmes nés en captivité. Un tigre sauvage que vous attrapez dans la jungle et que vous enfermez il va se laisser mourir. Là on parle d’animaux qui sont nés comme ça et qui ont toujours vécu comme ça. Ces animaux là bénéficient d’une alimentation équilibrée, de vétérinaires… c’est une forme de captivité, mais pas plus que la nôtre avec notre façon de vivre actuellement. Au sujet des fauves, des ours, qui sont des animaux que je connais bien, je peux vous garantir que les 95% des vétérinaires vous diront que ces animaux vont tout à fait bien. »

 - Pensez-vous qu’il ne serait pas préférable d’éduquer à la protection des animaux sauvages en diffusant des documentaires, plutôt qu’en présentant des animaux dressés à mille lieues de la réalité de leur mode de vie ?

« Avec les documentaires, on restera dans du viruel, on restera très loin de la réalité aussi puisque les reportages animaliers sont truqués à 90 %. Nos animaux dressés font des images pour les reportages animaliers ! C’est pipé ! Les animaux qu’on filme dans la savane sont encerclés de camions, de 4x4, ils ont des colliers émetteurs… un jour nos enfants ne pourront plus voir d’animaux en vrai, ce ne seront plus que des animaux à travers des écrans. C’est un choix, mais moi je n’ai pas envie d’élever mes enfants comme ça. Je préfère leur montrer des vrais animaux, et leur expliquer que l’animal qu’on voit dans le cirque ce n’est pas sa place, et qu’il serait peut-être mieux ailleurs. Il faut commencer par protéger leur milieu. Aujourd’hui il n’y a pas un endroit où on leur fout la paix ! Mon ours noir par exemple, on ne le trouve qu’à un seul endroit sur la Terre, au Canada. Et dans ce pays, l’ours noir est un gibier de chasse. Il ne peut pas vivre tranquille et est pourchassé dans son pays d’origine et c’est le seul endroit où il existe sur Terre à l’état sauvage. » 

Concrètement, la fin des animaux sauvages dans les cirques itinérants se fera « dans les années qui viennent », a indiqué la ministre de la Transition Écologique, sans donner de délai précis. « Mettre une date ne résout pas tous les problèmes, je préfère mettre en place un processus pour que ça arrive le plus vite possible ». Barbara Pompili a aussi évoqué la création d’un sanctuaire pour accueillir les animaux concernés.