En Suède, les supporters de football sont invités à « uriner pour la planète »
Publié : 6h00 par Alicia Méchin
Et si un simple passage aux toilettes pouvait contribuer à rendre l’agriculture plus durable ?
C’est l’idée originale derrière « Pee for the Planet », une initiative lancée en Suède qui mobilise les supporters de football dans la lutte contre la dépendance du pays aux engrais chimiques. Le projet a été inauguré au stade Eleda Stadion de Malmö, enceinte du club de football Malmö FF.
Tout au long de la saison, les supporters sont invités à utiliser des urinoirs et toilettes spécialement conçus pour collecter leur urine. L’objectif est ambitieux : récupérer des milliers de litres de cette ressource naturelle afin de la transformer en fertilisant agricole.
Derrière cette démarche insolite se cache un enjeu environnemental majeur. Les engrais azotés de synthèse, largement utilisés dans l’agriculture moderne, sont fabriqués à partir d’énergies fossiles et génèrent d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Leur production contribue chaque année à une empreinte carbone considérable, tandis que les tensions géopolitiques récentes fragilisent leur approvisionnement à l’échelle mondiale.
L’urine humaine contient naturellement les trois nutriments essentiels à la croissance des plantes : l’azote, le phosphore et le potassium. Pour les chercheurs impliqués dans le projet, elle représente donc une alternative prometteuse aux fertilisants conventionnels. L’initiative réunit plusieurs partenaires, dont l’Université suédoise des sciences agricoles, l’entreprise Oatly et la société spécialisée Sanitation360.
Au-delà de la collecte elle-même, le stade sert de laboratoire grandeur nature. Les chercheurs étudient la faisabilité technique du système, son acceptation par le public ainsi que les questions sanitaires liées à l’utilisation d’engrais issus de l’urine. L’enjeu est notamment de garantir l’élimination des résidus médicamenteux et autres substances potentiellement indésirables avant toute utilisation agricole.
Les bénéfices pourraient être multiples. En plus de réduire le recours aux engrais de synthèse, cette approche permettrait de valoriser une ressource aujourd’hui considérée comme un déchet et de diminuer la charge des stations d’épuration. Selon les estimations des chercheurs, l’urine humaine pourrait théoriquement remplacer jusqu’à 30 % des engrais chimiques utilisés en Suède.
Si l’expérience s’avère concluante, elle pourrait ouvrir la voie à de nouveaux systèmes de collecte à grande échelle et contribuer à faire évoluer notre regard sur les ressources issues du quotidien.
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