Et si nos vieux matelas servaient d’isolant ?

Publié : 6h00 par Alicia Méchin

Crédit image: Pixabay

Des scientifiques de l’Université de technologie de Swinburne à Melbourne ont imaginé transformer les vieux matelas en matériaux techniques et durables, en tirant parti … de champignons.

Composés de mousses, de textiles, de métaux et de colles, les matelas usagés sont très difficiles à recycler et peuvent mettre plus d’un siècle à se décomposer dans la nature, avec des millions d’unités jetées chaque année rien qu’en Australie ou aux États‑Unis.

Face à ce défi de gestion des déchets, des scientifiques de l’Université de technologie de Swinburne à Melbourne ont imaginé une solution inattendue : transformer ces déchets en matériaux techniques et durables, en tirant parti … de champignons. Leur étude, publiée dans la revue Scientific Reports, propose un procédé innovant qui confie à des microorganismes la tâche de métamorphoser les restes de matelas en isolant pour bâtiments.

Le principe est à la fois simple et surprenant. Les chercheurs récupèrent les mousses de polyuréthane issues de matelas hors d’usage et les déchiquettent en petits morceaux. Ils inoculent ensuite cette matière avec des spores d’un champignon très commun, Penicillium chrysogenum, proche de ceux utilisés pour produire la pénicilline ou dans l’alimentation. Une fois introduites, les filaments fongiques – le mycélium – se développent dans la mousse, agissant comme une colle naturelle qui relie les fibres entre elles.

Au fil de ce processus biologique, des composés minéraux naturels se forment, modifiant profondément la structure de l’ensemble. Le résultat n’est pas une masse moisie, mais un matériau solide, léger et thermiquement performant. Dans les tests, ce bio‑composite montre une capacité d’isolation thermique comparable à celle des isolants synthétiques utilisés dans le bâtiment, tout en étant capable de résister à des températures extrêmes approchant les 1 000 °C – une caractéristique précieuse pour la sécurité incendie.

Ce procédé s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, où les déchets sont valorisés plutôt que fossilisés dans un site d’enfouissement. Les chercheurs imaginent déjà que ces matériaux pourraient être commercialisés comme panneaux isolants, voire être adaptés à des applications d’impression 3D dans la construction. Ainsi, le matelas qui vous a protégé pendant des années pourrait, après sa vie utile, contribuer à isoler votre maison de manière écologique et durable.