Info locale

Portrait de Mauricio Garcia-Pereira : le lanceur d’alerte de l’abattoir de Limoges

04 avril 2019 à 06h00 Par Benoît Hanrot
Mauricio Garcia Pereira devant le Parlement européen
Crédit photo : Mauricio Garcia Pereira

Mauricio Garcia-Pereira est de nationalité espagnole, né en Allemagne et père de 2 enfants. Il s’est fait connaître en dénonçant les crimes dont il a été témoin en travaillant dans l’abattoir de Limoges pendant plusieurs mois. D’abord par le biais de la vidéo puis en écrivant un livre qui s’intitule « Ma vie toute crue ». Portrait :

C’est un homme plein d'entrain qui a répondu à mon appel ce vendredi 29 mars. Au lendemain de son passage dans une conférence TEDx ESTP à Paris, où la déception était plus grande que la satisfaction, il a tout même accepté de me répondre. Très ému par ce qu’il vit depuis maintenant 10 ans, cet Espagnol qui fête ses 50 ans aujourd’hui, jeudi 4 avril, a bien voulu me raconter son histoire.

Celle d’un homme qui, par nécessité, a décidé un jour de franchir les portes d’un abattoir, celui de Limoges, le plus grand de France, pour y faire l’un des métiers les plus durs qui puissent exister, celui d’ôter la vie à des animaux vivants. Pendant six mois et dix mois, il a découpé de la viande qui se trouvait sous ses yeux, sur le tapis roulant, ouvrant ventre après ventre celui des bovins et caprins.

Un jour, en tranchant en deux le corps inerte d’une vache, il a découvert à l’intérieur un fœtus de veau. Puis un second dans une autre et un troisième dans la suivante. La vision de trop pour Mauricio, incapable de poursuivre son action. Il a alors décidé d’appeler son chef pour lui dire qu’il y a un problème sur la chaîne d’abattage. Mais ce dernier n'a rien trouvé à redire et lui a demandé de retourner à son poste. 

Devant une telle boucherie qui dégouline sous ses yeux, ce geste qu’il qualifie même « d’inhumain » et cette absence de conscience de la part de son supérieur et de ses collègues, il a décidé alors de contacter le collectif L214 qui lui fournira par la suite du matériel pour filmer son quotidien. Des images de l’horreur sont prises, disponibles sur la chaîne des défenseurs de la cause animale. Des images censées provoquer un électrochoc au sein des concitoyens afin de montrer les dérives de l’abattoir de Limoges, qui lui vaudront par la suite un licenciement. A ce jour, Mauricio est toujours considéré comme lanceur d’alerte, un statut dont il ne veut plus : 

Écouter le podcast

« Mais moi j’en ai marre d’être lanceur d’alerte, c’est pour ça que mon combat continue. Les journalistes ont manipulé la population et préfèrent qu’elle vive dans le déni. Que les gens ne sachent pas. J’ai donné une conférence dans une université et les 80% des gens ne savaient pas encore que je dénonçais publiquement qu’on tuait des vaches gestantes »

La semaine dernière lors de cette conférence, les organisateurs ont préféré ne pas choquer l’opinion en modifiant quelques détails de taille lors de son passage :

Écouter le podcast

« On m’a confirmé finalement qu’on ne pourrait pas montrer les photos d’animaux morts. Du coup, ça m’a coupé un peu mon élan. Moi j’essaie de mettre toute mon âme pour expliquer les images. Comme on dit, une image, ça vaut mille paroles. Je n’ai montré aucune image, aucune vidéo. Cela faisait plus de trois ans qu’elles sont dans mon portable. Depuis que je suis lanceur d’alerte, elles sont toujours là et je ne les effacerai pas tant qu’ils (la direction de l’abattoir) n’arrêtent pas de tuer des vaches gestantes. »

Selon ses informations, l’abattoir de Limoges procédait encore à l’abattage de vaches gestantes il y a une quinzaine de jours. Aujourd’hui, il se considère comme étant un homme délaissé par la société et l’Etat français. Cela fait maintenant plus de deux ans qu’il est au chômage et malgré des formations, il n’arrive pas à retrouver un emploi dans le bassin limougeaud. Cette expérience à l’abattoir l’a littéralement changé :

Écouter le podcast

« Moi je suis devenu antisocial. Avant j’étais tout le contraire, je suis un garçon extraverti, rigolo, qui aime le contact humain. Ces sept ans, ça m’a coupé. C’était maison – boulot, boulot – maison et quand il y avait un petit moment libre, c’était pour pouvoir dormir et faire des cauchemars. J’ai tout donné à l’abattoir. Et aujourd’hui, je préfère être dans la m**** et pas revenir dans ce bordel. »

Mauricio fête ses 50 ans aujourd’hui jeudi 4 avril, avec ses enfants mais à l’heure de cette interview (réalisée le vendredi 29 mars), il ne savait pas s’il pourrait les amener au restaurant. Pour s’en sortir, il a lancé une cagnotte Leetchi, qui pourrait l’aider à réaliser ses projets.