Des paralytiques remarchent pour de bon, grâce à un implant

Paraplégique implant CHU Lausanne
Paraplégique implant CHU Lausanne
Crédit: Capture écran [email protected]_NeuroRestore

9 février 2022 à 10h36 par Iris Mazzacurati

Ils ne pouvaient plus bouger leurs jambes, pas même les sentir. Plusieurs patients paraplégiques sont désormais capables de marcher à nouveau grâce à un implant qui stimule électriquement leur moelle épinière, une avancée qui pourrait se généraliser d'ici à quelques années.

Cette technologie a permis à trois paraplégiques "de se tenir à nouveau debout, de se remettre à marcher, faire du vélo et nager", résume une étude parue lundi dans la revue Nature Medicine.

Ces trois patients, tous des hommes, étaient non seulement incapables de tout mouvement des jambes, mais ils n'y avaient plus la moindre sensation, à la suite d'accidents qui avaient endommagé leur moelle épinière.

La moelle épinière, contenue par la colonne vertébrale, prolonge le cerveau et commande de nombreux mouvements. Ces derniers peuvent donc être irrémédiablement perdus si le contact avec le cerveau est abîmé.

Mais, pour ces trois patients, il a été possible de changer la donne. A Lausanne, une équipe, menée par la chirurgienne suisse Jocelyne Bloch et le neuroscientifique français Grégoire Courtine, leur a implanté une quinzaine d'électrodes qui permettent de stimuler électriquement plusieurs zones de leur moelle épinière.

Ce n'est pas une première, mais plutôt l'aboutissement de dix ans de travaux de ce type avec, enfin, la perspective d'en faire une thérapie qui changerait la vie de nombreux paralytiques.

1 kilomètre parcouru

En 2018, plusieurs équipes, dont déjà celle de Mme Bloch et M. Courtine, avaient réussi à faire remarcher des patients à l'aide d'une telle technologie.

Mais on était encore loin de pouvoir envisager une application concrète. Les patients concernés avaient eu besoin de plusieurs semaines pour refaire quelques pas et leurs progrès restaient limités, sans guère pouvoir bénéficier à leur vie quotidienne.

Cette fois, les patients opérés ont pu faire leurs premiers pas presque immédiatement même si, réalisés sur un tapis roulant en laboratoire, ils n'avaient rien à voir avec une marche normale.

"Il ne faut pas imaginer un miracle immédiat (mais) cela permet de s'exercer tout de suite à ses activités", a expliqué M. Courtine. 

Après cinq mois de rééducation, les progrès étaient considérables : l'un des patients était par exemple en mesure de marcher près d'un kilomètre sans interruption.

Un smartphone pour contrôler son déclenchement

Quand ces avancées pourront-elles bénéficier au plus grand nombre ? "Avec un peu de chance, d'ici à quelques années", estime Mme Bloch.

La technologie doit faire l'objet d'essais cliniques bien plus larges sous l'égide d'une startup néerlandaise, Onward. Cette société vise à la rendre facilement utilisable à l'aide d'un smartphone, par exemple pour contrôler son déclenchement.

Car c'est une des limites à prendre en compte : dès qu'elle est éteinte, la stimulation électrique n'a quasiment pas d'effet durable. Et il est inconcevable de la maintenir en permanence, ce qui épuiserait l'organisme des patients. 

Mais retrouver un peu de mouvement chaque jour, c'est déjà beaucoup, comme en témoigne l'un des patients, Michel Roccati, chez qui ces électrodes ont été implantées en 2020, trois ans après un grave accident de moto.

"Je l'utilise tous les jours pendant quelques heures : au travail, chez moi, pour pas mal de choses", a-t-il raconté. "Maintenant, ça fait partie de mon quotidien".

 

 

(Avec AFP)